Interview d’Alexia Ohanessian, International Manager chez Trello. Un moyen visuel d’organiser ce que vous voulez avec qui vous voulez.

Bonjour Alexia, peux-tu nous présenter Trello en quelques mots?

Trello a été lance en Septembre 2011 en partant du constat qu’il n’existait pas d’outil en ligne simple pour gérer des projets professionnels ou personnels. Trello c’est donc un outil de gestion de projet en ligne intuitif qui repose sur des planches / tableaux et des cartes.

Le business model de Trello est celui du Freemium : la version de base est gratuite et certains services additionnels sont payants.

Est-ce que tu peux nous en dire un peu plus sur toi?

Après des études en école de commerce à Grenoble j’ai passé 3 années à Rio au Brésil dans l’écosystème startup pour Deezer, puis pour 21212 (accélérateur à Rio) et la BPI. Après ces expériences j’ai lancé Yara Consulting en 2015 et c’est dans ce cadre que j’ai été en contact avec Trello. A l’origine j’étais consultante pour eux avec l’objectif d’ouvrir le Brésil, je les ai rapidement rejoint pour être en charge de leur développement international.

Dans combien de pays Trello est disponible?

Avant tout, je tiens à préciser qu’on est sur un produit un peu particulier. Trello grandit grâce à un effet de réseau et on vient tout juste, il y a un an, de commencer notre internationalisation à proprement parler. Mais en soit Trello est utilisé un peu partout dans le monde!

Notre point d’attention pour faciliter la croissance internationale c’est d’enlever les frictions que peuvent rencontrer nos utilisateurs pour faciliter la collaboration.

Concrètement, une des frictions rencontrée par nos utilisateurs c’est la langue. On a donc mis en place une mécanique bien huilée de traduction de la plateforme.

Est-ce que tu peux nous parler de l’internationalisation de Trello?

L’année dernière on a décidé de lancer Trello dans 3 pays : l’Allemagne, le Brésil et l’Espagne. L’idée c’était de comparer les approches, ce qui marchait, ne marchait pas. On a d’ailleurs écrit un article de blog qui reprend les grands enseignements de cette première internationalization.

On a fait traduire la plateforme par des professionnels et on a testé ce qui se passait après la traduction.

  • En Espagne on avait décidé de ne pas faire marketing et de voir comment évoluait la communauté après la traduction de la plateforme.
  • En Allemagne, on avait un peu plus d’actions : une newsletter avec quelques tableaux et on a testé les RP avec quelques articles dans la presse. On a pas constaté d’augmentation forte dans la communauté.
  • Au Brésil on a opté pour une stratégie de contenu, réseaux sociaux et RP (120 articles). Résultat : on a constaté un doublement du nombre de nos inscrits sur 2 mois et ensuite une croissance de 30% par mois. Ce qui avait marché c’était la stratégie de contenu!

Suite à ces tests, et à la validation de notre modèle d’acquisition d’utilisateurs, on s’est penché sur la traduction de la plateforme. On a eu l’idée de demander à nos utilisateurs de traduire la plateforme et vu que je suis française, on décidé de faire ça pour la France.

En un mois on avait traduit l’intégralité des 37.000 mots à l’époque (aujourd’hui la plateforme compte 47.000 mots)!

On a ensuite fait un lancement marketing avec des évènements en France avec le CEO puis la Directrice Marketing. On a triplé notre nombre d’inscrits! Pour maintenir ce niveau on a également décidé de faire appel à une agence RP sur place.

Si je résume les étapes pour “l’ouverture” d’un pays chez Trello c’est :

  1. Traduction
  2. Lancement « light » et évènements locaux avec des partenaires
  3. Ensuite du marketing, du growth hacking et des RP

37.000 mots traduits en un mois par votre communauté, c’est génial! Tu peux nous en dire plus?

Comme je le disais, ce qui est génial avec notre produit c’est qu’il ne demande pas de modifications mis à part la traduction qui elle aussi est assez light. Et c’est sur ce point clé que nous avons pas mal innové.

Pour les 16 langues qu’on a traduit, on a envoyé un email aux 2000 personnes les plus actives dans chaque langue, en leur demandant s’ils étaient d’accord pour nous aider à traduire Trello. On a ensuite sélectionné 40 utilisateurs par langue parmi ceux qui s’étaient portés volontaire et mis en place un tableau Trello pour communiquer entre eux. En parallèle, on leur met à disposition un glossaire pour simplifier le processus.

L’avantage de « crowdsourcer » notre traduction par nos utilisateurs c’est qu’on se retrouve avec une traduction qui est vraiment dans l’esprit de ce qu’on a construit. Les gens ne se connaissent pas du coup il y a un contrôle qui se fait naturellement.

Une fois que les 40 personnes on traduit on fait appel à 3 ou 4 utilisateurs qui vont relire l’ensemble des traductions pour vérifier la cohérence et la consistance

Bien sûr avec ce système, on peut avoir une traduction qui n’est pas parfaite. Il faut être ouvert au fait qu’il y aura des fautes. L’essentiel est que cela ne gêne pas l’utilisation de Trello.

Pour les mises à jour en revanche on a besoin d’une rapidité dans la traduction, du coup là on est passé par une agence pro intégrée à Transifex.

Avec ce système on a divisé par 3 ou 4 nos coûts liés à la traduction et impliqué notre communauté!

Comment priorisez-vous l’ouverture des pays?

On la chance avec Trello d’avoir déjà une traction mondiale. La priorisation d’ouverture des pays est donc un peu plus simple. On prend en compte 3 critères :

  • Le nombre d’inscrits.
  • Le potentiel du pays, c’est à dire le nombre d’utilisateur que nous pourrions avoir en plus.
  • Le nombre d’utilisateurs payants, le Chiffre d’Affaires sur le pays.

Chez Trello on a une organisation particulière. 50% des employés travaillent de chez eux. On a donc pas besoin d’ouvrir des bureaux. Du coup, on recrute des personnes localement pour le développement mais on a pas de bureaux ou de structures légales. On prend donc pas du tout en compte tout ce qui est juridique!

A t’écouter, ça à l’air très simple, est-ce que vous rencontrez des difficultés?

Chez Trello on a vraiment une approche hyper « lean » donc on a fait beaucoup de tests. Des fois ça ne marche pas et il faut savoir le détecter et l’accepter ce qui n’est pas toujours facile.

L’international aujourd’hui ce n’est que moi pour l’instant. Je suis toute seule sur le sujet avec personne pour m’aider pour les petites tâches. Ca nécessite d’être assez agile.

Est-ce que tu aurais une anecdote à propos de l’internationalisation de Trello?

On a un produit qui est facilement compréhensible par tout le monde ce qui facilite notre adaptation et notre localisation.

Récemment, on a un membre de la team Trello qui est allé en Croatie pour une conference où il y avait 2000 personnes. Quand il a demandé qui connaissait Trello, tout le monde a levé la main alors que Trello n’est pas traduit en croate !

Quelles sont les perspectives de développement de Trello à l’international?

D’ici fin juin on sera 85 personnes et on a deux axes de développement principaux :

  • Investir en Marketing dans les pays déjà ouverts
  • Si ça marche on localise la plateforme dans d’autres langues et on ouvre de nouveaux pays.

PS. Cet article vous a plu ?

Une fois par semaine nous envoyons un email aux spécialistes cross-border et international au sein d’entreprises comme Deezer, Withings, Soundcloud, Parrot et d’autres. Vous avez envie de les rejoindre ? Inscrivez-vous ici :

mercurr est une communauté accessible sur invitation uniquement, qui accélère votre croissance internationale. Cliquez ici pour en savoir plus.